Les troubles du comportement alimentaire : mieux comprendre, repérer les signaux d’alerte et savoir vers qui se tourner

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Notre relation à la nourriture, au corps et au poids peut parfois être une source de contrôle excessif voire même de souffrance. C’est le cas pour certaines personnes, pour qui cette relation peut évoluer vers de véritable troubles. On parle alors de trouble du comportement alimentaire ou de trouble de conduite alimentaire (TCA). Ils regroupent différentes maladies psychologiques dans lesquelles l’alimentation, le corps et le poids occupent une place centrale, générant angoisse et besoin de contrôle.

Ces troubles ne sont ni des choix, ni des caprices. Ils peuvent toucher des personnes de tout âge, de tout genre et de tout milieu social. Les TCA s’installent souvent de manière progressive et peuvent rester invisibles pendant longtemps, ce qui rend leur repérage et leur compréhension essentiels.

Cet article a pour objectif dinformer, d’aider à reconnaître les signaux d’alerte et d’orienter vers les structures d’aide existantes en Belgique.

Montre les tca chez deux personnes. Manger bouger

Parmi les TCA les plus connus, on retrouve :

L’anorexie mentale
Elle se caractérise par une restriction alimentaire importante, une peur intense de prendre du poids et une perception du corps souvent très éloignée de la réalité.

La boulimie nerveuse
Elle associe des épisodes de perte de contrôle alimentaire à un profond sentiment de honte et de culpabilité. Les crises peuvent être suivies de comportements compensatoires (vomissements, jeûne, exercice excessif, etc.).

L’hyperphagie boulimique
Elle se manifeste par des épisodes de consommation alimentaire excessive, sans comportements compensatoires, souvent accompagnés d’une grande détresse psychologique.

L’orthorexie
Elle correspond à une obsession pour une alimentation considérée comme “saine”. Cette préoccupation devient problématique lorsqu’elle est rigide, envahissante, anxiogène et qu’elle impacte la vie sociale, émotionnelle ou physique.

Les signaux d’alerte à ne pas ignorer :

Certains signes peuvent indiquer une relation problématique à l’alimentation. Parmi eux :

  • Des pensées constantes autour de la nourriture, du poids ou des calories
  • Une anxiété importante au moment des repas
  • L’évitement de situations sociales impliquant des repas
  • Une rigidité alimentaire croissante
  • Une baisse de l’estime de soi
  • Un isolement progressif
  • Des changements physiques, comme une grande fatigue ou des variations de poids rapides
Personne qui fait attention ++ a son poids

La présence d’un ou plusieurs de ces signaux ne signifie pas forcément un diagnostic, mais ils méritent d’être pris au sérieux.

Quelles questions se poser pour rester vigilant·e ?

Il peut être utile de s’interroger pour évaluer sa propre situation ou celle d’un proche :

Si plusieurs de ces questions résonnent, il est important de ne pas rester seul·e et d’en parler avec des professionnels de santé, des proches de confiance et des centres d’écoute spécialisés.

Vers qui se tourner en Belgique ?

En Belgique, plusieurs structures et professionnel·le·s peuvent accompagner les personnes concernées par les TCA ainsi que leurs proches. Il est possible de demander de l’aide à différents niveaux :

Collaboration - medical - ensembles

Plateformes et associations utiles

TCA BRU est une plateforme d’information et d’orientation, à Bruxelles et aux alentours, pour les personnes concernées et leurs proches. On peut y retrouver, entre autres, des articles spécifiques sur ces troubles, un annuaire des psychologues et diététicien·ne·s conventionné·e·s, des centres de référence, …

Miata est une association qui offre un espace d’écoute, de soutien et d’échange aux parents et proches de personnes en difficultés. Elle propose notamment des groupes de parole permettant à l’entourage de partager leur vécu, de rompre l’isolement et de trouver un soutien mutuel. C’est aussi une structure d’accueil pour les personnes souffrant de TCA.

Archipel est un réseau dédié à la santé mentale et au bien-être des enfants et des adolescents. Actif dans le Brabant wallon, il rassemble et coordonne l’ensemble des ressources disponibles dans ce domaine.

Réseau 107 Brabant wallon poursuit un objectif similaire mais s’adresse au public adulte.

Les centres de Télé accueil sont un service d’aide par téléphone accessible à toute heure. C’est un espace de parole et d’écoute pour toute personne qui a une difficulté sur le plan moral, social ou psychologique.

Demander de l’aide est une étape souvent difficile, pleine de doutes et d’hésitations. Ces centres spécialisés proposent un accompagnement professionnel et bienveillant, dans un cadre sécurisant et sans jugement pour avancer sereinement.

Réseaux sociaux amplifient mal-être et TCA

L’adolescence : une attention particulière à avoir

Les facteurs d’origine des TCA apparaissent fréquemment au cours de l’adolescence, ou au début de l’âge adulte avec une prévalence particulièrement élevée chez les jeunes filles. Essayons ainsi, d’être vigilants lors de cette période sensible de construction, où les transformations corporelles et psychiques peuvent parfois entraîner des problématiques de santé mentale. Le corps peut dans ces moments, être vu comme un support d’expression du mal être pour certain·nes adolescent·e·s.

Les chiffres de Sciensano, issus de l’Enquête de consommation alimentaire 2022-2023, montrent que 13 % de la population belge âgée de 10 à 64 ans semble souffrir de troubles du comportement alimentaire. Et ce chiffre monte jusqu’à 18 % pour les adolescentes, contre 7% chez les garçons. Les bruxelloises sont les plus touchées du pays.

Notons que certains jeunes ont pu être plus particulièrement impactés : leur adolescence s’étant déroulée dans un contexte de pandémie COVID 19.

Réseaux sociaux comparaison corps TCA

Les réseaux sociaux sont-ils vraiment nos amis ?

Les réseaux sociaux jouent aujourd’hui un rôle important dans la construction du rapport au corps et à l’alimentation. La comparaison permanente, la mise en avant de corps très minces et les contenus valorisant le contrôle, la restriction ou la “discipline” peuvent renforcer des mécanismes psychologiques fragiles. Comme le perfectionnisme, le besoin de contrôle, la culpabilité ou la peur de grossir. Ces constats sont issus d’un rapport de l’ANSES, « Usages des réseaux sociaux numériques et santé des adolescents », décembre 2025.

Les filles sont généralement plus exposées à l’impact des réseaux sociaux, notamment parce qu’elles privilégient davantage les plateformes centrées sur l’image où la comparaison physique est omniprésente. Toutefois, les garçons sont également touchés, à travers des contenus valorisant la virilité, la performance physique ou l’hyper-musculature, qui véhiculent eux aussi des normes corporelles parfois irréalistes. L’ANSES souligne que les réseaux peuvent exacerber les troubles alimentaires.

Des tendances comme le « Skinnytok », qui glorifient l’extrême minceur sous couvert de motivation ou de bien-être, peuvent banaliser des comportements dangereux et alimenter les troubles du comportement alimentaire. En particulier chez les personnes vulnérables ou en quête de reconnaissance.

Une expérience, citée par l’ANSES, montre d’ailleurs que TikTok recommande des contenus liés aux troubles alimentaires en moins de huit minutes lorsqu’un compte se comporte comme un adolescent de 13 ans.

La tendance healthy séduit les générations mais diffuse aussi des normes corporelles implicites et une forte pression à l’autocontrôle. Brouillant la frontière entre bien-être et injonction à la performance.

Un message essentiel pour conclure

Demander de l’aide n’est pas un échec, mais une démarche courageuse et essentielle. Le soutien d’un entourage bienveillant et de professionnel·le·s formé·e·s permet de retrouver progressivement une relation plus apaisée avec la nourriture, avec son corps et avec soi-même.

Les troubles du comportement alimentaire sont encore trop méconnus. Pourtant, plus on en parle, plus on peut les repérer tôt et mieux accompagner les personnes concernées.

Chacun et chacune mérite de la compréhension, du soutien et des soins adaptés.
Il n’est jamais trop tôt ni trop tard pour demander de l’aide.

Medecin qui aide un patient

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