Pourquoi l’alimentation doit-elle être durable et comment faire pour qu’elle le soit ?

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Ces 2 derniers siècles, notre alimentation a connu de profondes transformations. La modernisation de nos sociétés, les évolutions agricoles, économiques et culturelles, ont eu des impacts sur ce que nous mangeons.
La mécanisation de l’agriculture, l’industrialisation, ou encore l’élargissement de notre offre alimentaire, en parallèle de sa standardisation avec les réseaux de grande distribution, les modifications de nos modes de vie, la hausse des échanges et des interconnexions au niveau mondial, tout cela influence très fortement ce que nous retrouvons dans nos assiettes. La production a ainsi évolué également entraînant des changements à l’échelle mondiale sur les terres, les ressources, ou l’environnement naturel.

modification production et consommation

L’expression « saine et durable », de quoi s’agit-il ?

Depuis 2010, l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture –FAO travaille sur des régimes alimentaires dits durables. Les études et rapports de la FAO sur la thématique, intègrent divers aspects de l’alimentation, comme son impact sur l’environnement, sa dimension nutritionnelle, ou encore les enjeux liés à la santé, à l’accès, à l’équité, pour le monde actuel et l’avenir.

équité, nutrition

Dans le même temps, en 2011, lors d’un sommet en Australie , le « One Health Congress » aborde la thématique d’une santé planétaire. Puis en 2022, un consortium de grandes instances internationales dont l’Organisation mondiale de la Santé – OMS et la FAO, définissent de façon plus large le concept de « One HealthUne seule santé », qui relie la santé des personnes, des animaux et des écosystèmes dans un système d’une santé globale.

En parallèle, en 2020, la FAO et l’OMS ont spécifié les principes directeurs sur ce qui constitue des « Régimes alimentaires sains et durables ». Ces lignes directrices prennent en compte les recommandations internationales concernant « la nutrition, le coût environnemental de la production et de la consommation alimentaires ainsi que la capacité d’adaptation aux contextes sociaux, culturels et économiques locaux ».


Et en 2021 le Sommet des Nations Unies sur les systèmes alimentaires durables présente une définition d’une alimentation saine, qui favorise la santé humaine et aide à prévenir les maladies.
Il apparaît dès lors indispensable d’élaborer des systèmes alimentaires prenant en compte les dimensions planétaires environnementales et durables de l’alimentation, tout en améliorant la santé humaine, ainsi que la santé de la planète.

Préserver notre planète et la santé

Notre planète est soumise à une hausse de la population mondiale, au réchauffement climatique, à une baisse de la biodiversité et à un certain nombre de menaces, comme les limites planétaires pour lesquelles 7 ont déjà été franchies1.
L’alimentation étant l’un des facteurs déterminants de santé et bien-être des individus et des populations, comme le présente l’OMS2 , il est donc nécessaire d’aborder l’alimentation sous l’angle sanitaire. Une alimentation saine contribue à la prévention des maladies non transmissibles (MNT), notamment le diabète, le cancer, les maladies cardiaques et les accidents vasculaires cérébraux3.
Les coûts sociaux des maladies liées à l’alimentation et des décès prématurés et les coûts environnementaux des émissions de gaz à effet de serre devraient s’élever respectivement à 1 300 et 1 700 milliards d’USD par an d’ici 2030 (Springmann, 2020 – en anglais).

Réchauffement climatique, plus d'habitants, moins de biodiversité

Ainsi, ce que nous mangeons se doit d’être pensé dans une visée durable afin de limiter la pression, l’impact sur l’environnement et préserver alors la santé planétaire et donc humaine. L’alimentation représente un levier majeur de lutte contre les maladies chroniques et la dégradation des écosystèmes.
Il devient alors indispensable de combiner les enjeux environnementaux avec les enjeux de santé publique !

principes d'agroécologie FAO - Manger Bouger

Commission Eat-Lancet : comment concilier alimentation saine et respect de la planète ?

L’impératif collectif auquel nous devons répondre est : nourrir la population mondiale, soit presque 10 milliards de personnes en 2050, tout en prenant en compte la préservation des ressources de la planète et en favorisant une alimentation saine4.
Dans cette optique, un consortium international de scientifiques pluridisciplinaires, mis en place par la plateforme de recherche EAT, conjointement avec la revue médicale britannique The Lancet, ont créé la commission mondiale EAT-Lancet.
En 2019, cette commission a proposé un premier modèle pour un « Régime alimentaire de Santé Planétaire » (« Planetary Health Diet – PHD »)5 , qui a alors fait figure de référence mondiale. L’objectif était de nourrir l’ensemble de la population humaine de manière à répondre aux besoin nutritionnels, tout en tentant d’être adaptable aux différents régimes alimentaires du monde et en répondant aux Objectifs de Développement Durable des Nations Unies.

Il ressortait que les systèmes alimentaires contemporains induisaient de la malnutrition et aggravaient le dérèglement climatique, qui a son tour entrainait de nouveaux dangers alimentaires et planétaires.

Un modèle nutritionnel

Cette approche de la commission, fondée sur des données scientifiques solides et largement reprise dans le monde6, s’appuyait sur plusieurs disciplines transversales, avec pour ambition la présentation d’un modèle d’alimentation saine provenant de systèmes alimentaires soutenables.
Les objectifs et stratégies définis, pouvaient alors servir de base pour l’élaboration de politiques alimentaires nationales. Le régime alimentaire proposé se composait d’une diversité d’aliments d’origine végétale : légumes, fruits, légumineuses, fruits à coque, avec de faibles quantités d’aliments d’origine animale, de graisses saturées et de sucres ajoutés.

Lors de la sortie de ce rapport en 2019, certaines critiques avaient alors été soulevées. Par exemple les capacités à fournir les micronutriments essentiels et adéquats7 pour certains types de populations, comme les femme enceintes, les personnes âgées. D’autres critiques portaient sur l’approche socio-économique de l’étude8 , ou encore des différences dans les émissions de gaz à effet de serre engendrées en fonction des pays9 . Les préférences alimentaires culturelles n’étant également pas toujours totalement compatibles avec un seul et unique régime alimentaire mondial10. La question de l’emploi dans certains secteurs et filières agricoles était aussi soulevée.

Une actualisation du modèle

Fin 2025, une nouvelle version a été publiée, plus opérationnelle et plus adaptable en fonction des contextes et des cultures. Cette mise à jour fait suite aux différents défis mondiaux récents, parmi eux notamment : la pandémie de COVID-19, l’instabilité géopolitique et les conflits armés, ainsi que la hausse des prix de l’alimentation. Le rapport souligne que les systèmes alimentaires actuels, constituent le principal facteur de dépassement des limites planétaires tout en n’étant pas profitable à une grande partie de l’humanité : plus de la moitié de la population mondiale peine à accéder à une alimentation saine.
La publication de 2025 intègre ainsi davantage les variables liées à la justice sociale11 , à l’équité et à l’accessibilité économique. Cette actualisation semble plus flexible et culturellement plus adaptable.

Le Régime de Santé planétaire est au cœur de nombreuses recommandations mondiales, en s’appuyant sur des données communes à toutes les régions12 : de manière systématique, les régimes alimentaires actuels ne contiennent pas suffisamment de fruits, légumes, noix, légumineuses et céréales complètes. Dans de multiples endroits, les données font également apparaître que les régimes alimentaires contiennent trop de viande, de produits laitiers, de graisses saturées, de sucre, de sel et d’aliments excessivement transformés. La Belgique est donc concernée par un certain nombre de ces éléments.

  • En effet, plus de 99 % de la population belge adulte ne consomme pas suffisamment de céréales complètes,
  • 97 % pas assez de fruits à coque,
  • 93 % ne mange pas la quantité recommandée de légumes,
  • 90 % pas suffisamment de fruits,
  • et 88 % ne consomme pas assez de légumineuses,
  • par rapport à la quantité recommandée par le Conseil Supérieur de la Santé Belge13.
  • Également 91 % de la population belge mange trop de viande rouge transformée,
  • et 46 % trop de viande rouge par rapport à la quantité recommandée.

Ainsi le rapport de la Commission Eat-Lancet 2025 qui s’appuie toujours sur l’assiette de santé planétaire, pour laquelle des marges de manœuvre existent pour renforcer son adoption, reste une référence dans le monde.
La Commission confirme les preuves des avantages du régime alimentaire proposé en 2019, en prenant aussi en compte les critiques précédemment adressées. Ce régime offre une certaine souplesse et s’adapte à de nombreux aliments, aux cultures, aux habitudes alimentaires, aux traditions et aux préférences individuelles. Le Régime de Santé planétaire assure également une adéquation nutritionnelle et réduit les risques de maladies non transmissibles.

Gains économiques et gains pour la santé publique

Déjà en 2019, la Commission avait analysé l’impact potentiel de changements du régime alimentaire sur la mortalité, en étudiant trois approches. Toutes les trois démontraient que les changements diététiques des régimes actuels vers des régimes sains, pourraient avoir des effets bénéfiques majeurs sur la santé. Les modèles prévoyaient la prévention d’environ 11 millions de décès prématurés par an, représentant entre 19 % et 24 % du nombre total de décès chez les adultes.
« L’analyse montre que la refonte des systèmes alimentaires pourrait rapporter 5 000 milliards de dollars par an, grâce aux gains en santé publique, à la régénération des écosystèmes et à l’adaptation au changement climatique – un retour sur investissement décuplé par rapport aux 200 à 500 milliards de dollars requis pour faire évoluer les systèmes alimentaires. Atteindre ces objectifs implique une action politique immédiate, une révolution des modes de consommation, ainsi qu’une redéfinition des mécanismes de financement internationaux pour soutenir des systèmes alimentaires justes, robustes et respectueux de l’environnement.14 »

L’importance de la justice sociale

Une répartition plus équitable des ressources, bénéfices et coûts alimentaires, est indispensable pour que nos systèmes alimentaires deviennent durables, que ce soit pour les différentes populations et pour notre planète. Il est alors fondamental de s’appuyer sur des bases solide en matière de droit social comme le droit à l’alimentation, la possibilité d’avoir un travail décent et un environnement sain. La Commission EAT-Lancet précise qu’une transformation véritablement efficace doit allier les principes de justice sociale, à savoir d’égalité, de solidarité, de respect des droits de l’homme et préserver la dignité de chaque être humain, tout en respectant les limites planétaires, afin d’assurer un avenir sûr et équitable pour toutes et tous.

En effet, les droits humains en lien avec les systèmes alimentaires ne sont pas toujours respectés, près de la moitié de la population mondiale se trouve en dessous des seuils sociaux garantissant ces mêmes droits. De plus, la responsabilité des dépassements des limites planétaires liés aux systèmes alimentaires n’est pas répartie de manière équitable : le régime alimentaire des 30 % les plus riches de la population mondiale contribue à plus de 70 % des pressions environnementales exercées par les systèmes alimentaires. Seul 1 % de la population mondiale vit dans un espace sûr et équitable15.

Mise à jour 2025 des limites planétaires. Sous licence CC BY-NC-ND 3.0. Crédit : « Azote pour le Stockholm Resilience Centre, d’après l’analyse de Sakschewski et Caesar et al. 2025 ».

La végétalisation de nos assiettes : des détracteurs décrédibilisent le message !


Si un changement sur l’offre alimentaire est nécessaire, encore faut-il avoir des conditions favorables pour faire émerger de nouvelles habitudes à l’échelle collective et repenser son assiette. D’un point de vue également individuel, ce n’est pas si simple. Ainsi les fondements sociétaux, culturels, économiques et politiques se doivent d’être alignés pour une mise en place optimale, surtout dans un contexte d’urgence climatique.


Pourtant il s’avère que certains acteurs n’ont pas intérêt à ce que des changements s’opèrent. Que ce soit pour des raisons culturelles, philosophiques ou économiques, réduire la consommation de produits d’origine animale, peut être un sujet clivant dans nos sociétés actuelles. Aussi des groupes spécifiques souhaitent faire obstacle au message mondial qui prône l’intérêt de la végétalisation de notre alimentation, sans l’élimination totale des produits d’origine animale. Ces groupes préfèreraient conserver un statut quo des aliments présents dans nos assiettes.
Un rapport d’étude de l’ONG Changing Markets Foundation16 a analysé la manière dont l’industrie de la viande a organisé une campagne de désinformation pour discréditer les travaux scientifiques de la Commission EAT-Lancet, notamment son rapport de 2019 sur l’alimentation durable. Il en ressort qu’un réseau de « mésinfluenceurs » mondiaux : soutenus par les secteurs industriels de l’agroalimentaire et l’élevage, ont mis en place des stratégies pour décrédibiliser les communications de la Commission sur le Régime de Santé planétaire et la végétalisation de l’alimentation.

L’ONG a analysé les données issues des réseaux sociaux et a montré qu’un petit groupe d’acteurs : 33 comptes semblaient fonctionner de manière coordonnée. Ces comptes ont diffusé des informations trompeuses ou biaisées pour décrédibiliser les conclusions scientifiques, se relayant systématiquement entre eux, utilisant des messages similaires de mêmes formulations et des hashtags identiques : #Yes2Meat ou #MeatHeals.

pression pour favoriser la viande et limiter la portée du rapport EAT-Lancet

Le rapport de l’ONG paru en 2025 souligne également le rôle d’événements ou d’initiatives présentés comme scientifiques : la « Déclaration de Dublin » de 2022, puis celle de Denver fin 2024, qui ont en réalité servi d’outils de communication pour défendre la consommation actuelle de viande. Ces opérations initiées et soutenues par plusieurs géants de l’industrie de la viande : Cargill, Tyson food, National Beef, JBS, ont même réussi à se faire passer comme des appuis scientifiques, au point d’influencer des textes de nos instances européennes. C’est ainsi qu’il en est fait mention dans une résolution du Parlement européen17 . Des scientifiques avaient alerté en amont sur la remise en cause des objectifs de cette déclaration18. La Commission européenne a toutefois pris ses distances avec la Déclaration de Dublin.

Depuis 2019, cette désinformation sur la réduction de produits d’origine animale dans nos régimes alimentaires, s’est intensifiée et a évolué, s’appuyant davantage sur les réseaux sociaux, les théories complotistes et des figures médiatiques influentes. De nouveaux messages pro-viande ont émergé, par exemple autour des régimes carnivores, masculinistes ou hyper protéinés19 contribuant à polariser le débat public et à intégrer la question alimentaire dans des « guerres culturelles ». Notons toutefois que le marché des produits hyper proteinés « protein maxxing » après avoir connu un certain écho, aurait tendance à décliner prochainement20.

L’objectif de ces campagnes d’influence serait ainsi de retarder ou empêcher des politiques publiques susceptibles de réduire la consommation de produits carnés, car elles menacerait les intérêts économiques du secteur. Pensons à la pyramide alimentaire américaine revue et qui met en avant les produits d’origine animale21.
Aussi une vigilance accrue des médias, des décideurs et du public est à mettre en place quant aux sources d’information, afin de permettre des décisions fondées sur des données scientifiques fiables et favoriser une transition vers des systèmes alimentaires plus durables.

Limiter l’ultra-transformation

En plus de l’industrie de la viande, les géants de l’industrie agro-alimentaire, ne favoriseraient pas non plus, l’application du régime EAT-Lancet présenté. En effet, le régime de santé planétaire qui propose donc de faibles quantités d’aliments d’origine animale, des graisses végétales insaturées plutôt que saturées et des quantités limitées : de céréales raffinées, d’aliments hautement transformés et de sucres ajoutés, ne correspond pas à ce que vendent et mettent en avant ces industriels.

Sur le plan de la santé humaine, les preuves s’accumulent montrant l’impact de ce type de nourriture ultra-transformé qui favorisent les maladies chroniques et non transmissibles, comme le diabète de type 2, les maladies cardio-vasculaires et certains cancers. Plus d’une centaine d’études scientifiques internationales ont été regroupées et analysées22 et mettent en évidence ces risques.

Le rapport de l’OMS attribue 390 000 décès23 par an à l’industrie agroalimentaire dans la région européenne : avec notamment pour ce qui est de consommation riche en viande ultra-transformée, en sel, en boissons sucrées et en graisse saturée.
Ces aliments issus de l’agro-industrie en plus d’être nocifs pour la santé, augmentent les émissions carbones, l’impact sur la planète et l’utilisation de ressources supplémentaires24. Ils sont bien trop souvent mis en avant dans nos sociétés via un marketing agressif et omniprésent et notamment auprès des enfants25. Certaines communes s’engagent alors pour tenter de faire reculer les industries alimentaires néfastes.
San Franisco a par exemple porté plainte contre Nestlé, Coca-Cola et huit autres géants des aliments ultra-transformés26.


En Belgique les communes de Tervuren27 ou Auderghem28 tentent de limiter les implantations de chaines de fast-food, qui proposent bien souvent une alimentation intégrant des additifs29 qui pourrait être proche de l’alimentation à haute transformation et qui semble assez loin du régime de santé planétaire.

« À l’échelle mondiale, les systèmes de production alimentaire contribuent grandement aux émissions de gaz à effet de serre (GES). Sciensano a mené une étude récente qui montre qu’en Belgique l’alimentation contribue fortement à cette pollution, avec une moyenne de 4,4 kg de CO₂ équivalent par personne et par jour, soit plus du double de l’objectif calculé dans le rapport du EAT Lancet pour limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C d’ici 2050.31 »


« Les Aliments ultra-transformés (AUT) ne sont pas seulement préoccupants pour la santé : ils contribuent aussi fortement aux émissions de GES et à l’utilisation des terres. En Belgique, ils sont responsables de 50 % de ces impacts liés à l’alimentation. En effet, les personnes consommant davantage d’AUT ont un apport calorique global plus élevé, ce qui accroît leur empreinte écologique. »

Comment alors favoriser une alimentation plus durable en Belgique, quelles pistes privilégier ?

A l’échelle d’un territoire belge : la Wallonie

L’Observatoire du système alimentaire wallon a publié un rapport sur l’alimentation durable, afin évaluer les données actuelles : « Vers un système alimentaire durable en Wallonie : indicateurs et enjeux». Il s’agit d’un état des lieux du système alimentaire wallon pour comprendre un peu mieux le fonctionnement et les enjeux de la transition. Au travers des analyses des flux alimentaires, d’une lecture socio-économique et de la vision One Health.
Il ressort de ce rapport que l’agriculture wallonne est spécialisée sur un petit nombre de productions : les pommes de terre, le lait, les céréales et la betterave sucrière, qui reflètent majoritairement celle de l’industrie alimentaire fabriquée en Belgique. Ajoutons que « 88 % de la consommation finale wallonne (ménages et entreprises) est importée, tandis que 84 % de la production agro-alimentaire wallonne est exportée. »

Ainsi la Wallonie semble largement intégrée dans les systèmes commerciaux internationaux.
Au niveau de la distribution, les chiffres montrent que le système alimentaire est largement concentré autour des grandes et moyennes surfaces (GMS). Plus de ¾ des achats alimentaires sont ainsi réalisés via les supermarchés.

Il apparaît également une hausse de la part consacrée à l’alimentation dans le budget des ménages dans un contexte inflationniste et que le droit à une alimentation suffisante, adéquate et de qualité n’est pas assuré de la même manière partout en Wallonie. Le recours à l’aide alimentaire est en augmentation ces dernières années passant de 1,4 % de la population en 2011 à 2,3 % en 2022 et mettant en évidence une augmentation de la précarité alimentaire sur le territoire.

Serait-il alors possible de réadapter la production et la consommation à l’échelle d’un territoire, wallon par exemple pour rendre l’alimentation plus durable et accessible à tous⸱tes ? A l’heure où ces systèmes alimentaires internationaux sont largement imbriqués et fortement impactés par des données d’ordre géopolitique, à l’image du blocage du détroit d’Ormuz32, repenser une alimentation à l’échelle territoriale locale, pourrait être pertinent et permettrait une plus grande résistance aux crises. Nourrir sa population, préserver son économie et garantir pour chacun⸱e des droits vitaux devient un enjeux stratégique pour l’avenir, pour la stabilité, la cohésion et la prospérité33.

Vers une autonomie alimentaire ?

Pour des raisons de sécurisation alimentaire, pour alléger le bilan carbone de l’alimentation, la production et la consommation locales seraient donc à valoriser. Améliorer son autonomie alimentaire est une stratégie à privilégier, mais à quel point est-ce réalisable ? Serait-il possible d’être autosuffisant sur notre territoire, par exemple sur le territoire wallon ?
L’autosuffisance a été analysée par Gembloux Agro-Bio Tech34.
Il ressort que notre alimentation actuelle à l’échelle de la Wallonie – mais pas uniquement- dépend donc largement des importations, est fortement constituée de produits d’origine animale et très transformés comme déjà évoqué.

Ainsi pour imaginer une autosuffisance, des changements devront être opérés.
Pour cela il faudrait diminuer le gaspillage et modifier notre régime alimentaire.

Deux Régimes ont été analysés le EAT-Lancet et le régime TYFA (Ten Years for Agroecology ou dix ans pour l’agroécologie). Il s’avère que le EAT-Lancet n’a pu être retenu « car trop éloigné de notre contexte agricole35. « Cela me semblait plus atteignable et plus adapté à notre contexte », précise Tom Desmarez. » Ce régime proposait une solution alternative intermédiaire.

Ce régime serait un régime plus végétal que le régime actuel avec plus de légumineuses, moins de porc et de poulet, mais la consommation de viande rouge serait toujours intégrée, car leur élevage permettrait de fertiliser les sols et diminuer les intrants azotés chimiques.

Ainsi l’autosuffisance pourrait être atteignable selon cette étude, mais il est toutefois à noter que se passer de tout échange extérieur n’est pas forcément non plus souhaitable car ils sont importants dans l’économie actuelle et qu’ils permettent également de garantir une alimentation plus variée.

La règle des 4V

Concilier alimentation durable avec les enjeux économiques, les apports nutritionnels variés et provenant d’une agriculture de qualité respectueuse de l’environnement n’est pas si simple à mettre en place.

Surtout pour les consommateurs, il est assez complexe de se repérer et de réaliser les « meilleurs » choix. Une règle a été proposé il y a peu : celle des 4V 36 : une alimentation vraie, végétale, variée et régénérant le vivant.

  • Vrai : tenter de limiter les aliments ultra-transformés,
  • Végétal : aller vers plus de produits d’origine végétale : légumes, fruits, légumineuses, fruits à coque, céréales complètes et notamment pour remplacer nos apports en protéines d’origine animales.
  • Varié : diversifier notre alimentation pour l’équilibre nutritionnel, varier également dans chaque groupe d’aliments différents : céréales, légumineuses et chaque partie des produits : par exemple pas uniquement un steak haché dans la viande bovine.
  • Vivant ou plutôt « issus d’une agriculture régénérant le vivant » : privilégier une alimentation qui provient d’agricultures agroécologiques, telles que l’agriculture biologique, l’agriculture de conservation des sols, s’il y a une réduction effective des pesticides, voire l’agroforesterie.

Cette alimentation permettrait également de limiter les coûts cachés37 , d’avoir des produits plus nutritifs, d’encourager la diversification des cultures et le soutien aux filières correspondantes, ainsi que d’embarquer l’ensemble des systèmes alimentaires : acteurs de l’agriculture, de la transformation, de la distribution, et les mangeur⸱euses.

Pour finir

Le One Health Summit Lyon 2026 du 7 avril a rappelé que l’alimentation figure parmi les priorités stratégiques pour répondre aux défis sanitaires et écologiques.

Toutefois, les travaux récents sur les comportements de consommation montrent que les choix alimentaires restent largement guidés par des critères précis du quotidien comme le goût, le prix, la qualité nutritionnelle et la praticité38 . La transition vers une alimentation durable nécessitera donc d’activer un certain nombre de leviers, en rendant les options durables à la fois accessibles, attractives et adaptées aux réalités quotidiennes.

L’enjeu n’est pas seulement de transformer les recommandations pour qu’elles favorisent une alimentation durable comme c’est le cas maintenant dans plus de 37 pays au niveau mondial, mais bien de rendre possible leur adoption à grande échelle, pour l’ensemble des acteurs et filières impliquées, via notamment des réglementations.

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