L’importance du soutien social dans les troubles du comportement alimentaire chez les ados

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Au cours de la vie, l’adolescence est une période particulièrement à risque de développement des troubles du comportement alimentaire, notamment chez les filles. Mieux comprendre la place du soutien social dans ce contexte est utile pour définir des stratégies de prévention et de prise en charge

Qu’est-ce que les troubles du comportement alimentaire ?

Une personne souffrant de troubles du comportement alimentaire (TCA), tels que l’anorexie mentale et la boulimie, développe une obsession pour la nourriture et adopte des comportements alimentaires anormaux, souvent liés à sa perception corporelle1. Ces pathologies multifactorielles chroniques entraînent des conséquences néfastes sur la santé physique, mentale et sociale des personnes concernées2.
Les TCA apparaissent le plus souvent pendant l’adolescence et au début de l’âge adulte. En effet, l’anorexie mentale peut apparaître tôt à l’adolescence (entre 12 et 15 ans), tandis que la boulimie apparaît un peu plus tard (entre la fin de l’adolescence et la vie de jeune adulte). L’incidence de ces deux troubles diminue ensuite avec l’âge3.


Ados et risque de TCA - Trouvle du comprtement alimentaire - trouble des coinsuites alimentaires

Pourquoi s’intéresser au risque de TCA chez les jeunes en Belgique ?

Au-delà de la gravité des TCA et de leurs conséquences immédiates et à long terme sur la santé des adolescents·es, les conséquences de la survenue de la pandémie de COVID-19 en 2020 sur leur vie, ainsi que sur leur santé mentale, a mis en lumière cette problématique. En effet, les demandes de consultations pédopsychiatriques et les besoins de prise en charge, avec ou sans hospitalisation, ont alors et dans la période qui a suivi, très fortement augmenté5.

Les informations issues des enquêtes répétées, notamment avant et après la période de la pandémie de COVID-19, nous informent des évolutions du risque de TCA dans la population jeune. Par exemple, selon les enquêtes de santé par interview (HIS), la prévalence du risque de TCA était, chez les 15-24 ans, 10,7% en 2013, 13,7% en 2018 et 13,2% en 2023. Il est important de prêter attention au fait que ces constats épidémiologiques ne contredisent pas les observations cliniques d’une augmentation des diagnostics médicaux, puisque ceux-ci ne sont pas mesurés en tant que tels dans les études en population générale.

Ainsi, disposer d’une telle documentation sur le risque de TCA chez les adolescents permet d’orienter les politiques publiques amenées à sensibiliser, prévenir, accompagner et limiter les risques de TCA en fonction du sexe des élèves.

Mieux comprendre les différences dans le risque de TCA en fonction du sexe chez les adolescents·es

Tandis qu’il ne faut pas écarter une inclination vers une moindre déclaration des troubles de la santé mentale en général chez les garçons et les hommes6, différents facteurs contribuent à comprendre un tel écart du risque de TCA selon le sexe à l’adolescence.

Les changements physiques et biologiques, en particulier hormonaux, survenant à l’adolescence dans une période relativement courte sont susceptibles d’induire un rejet de sa propre physionomie7. Notamment, l’augmentation physiologique de la masse grasse chez les filles va à l’encontre des idéaux de minceur véhiculés par les médias et les réseaux sociaux8. Les filles y sont souvent plus sensibles que les garçons, qui sont plutôt tournés vers une augmentation de leur masse musculaire.

Une physionomie mal perçue associée, chez les filles en particulier, à une plus grande vulnérabilité psychologique et, parfois, à un perfectionnisme exacerbé, peut conduire à la perturbation des comportements alimentaires. Il peut s’agir de régimes répétés, de l’éviction de certains groupes d’aliments, ou encore de la survenue d’épisodes hyperphagiques – c’est-à-dire la consommation alimentaire excessive en un temps bref – en réaction à des stresses aigus ou à des périodes de privation. Même s’ils sont moins fréquemment touchés, les adolescents ne sont pas épargnés par ces perturbations. La chronicité de ces comportements, notamment lorsqu’ils affectent la vie sociale, peut conduire à l’installation durable de TCA, avec des conséquences graves nécessitant une prise en charge adaptée.

Le soutien social, un marqueur de la vulnérabilité face au risque de TCA ?

Les dimensions psychologiques, voire psychiatriques, des TCA ont été largement étudiées, de même que leur impact sur la santé à court terme et, dans une moindre mesure, à long terme9. Toutefois, compte tenu de l’importance de l’estime de soi dans le développement de comportements alimentaires et des TCA10, il nous est paru intéressant d’étudier le risque de TCA en lien avec le soutien social, de la part de la famille et des amis.

Au cours de l’adolescence, les formes de soutien social se diversifient, avec une place toujours prégnante de la famille, et une importance grandissante des liens amicaux ; elles sont complémentaires pour la plupart des jeunes. Le soutien social perçu, comme le fait de penser disposer d’une aide et d’un soutien affectif de la part de sa famille ou de ses amis, en cas de difficultés par exemple, est bénéfique à une meilleure estime de soi11, qui à son tour, pourrait « armer » les adolescentes et les adolescents face au risque de TCA.

Cette problématique a pourtant été peu étudiée jusqu’à présent, et sans distinction de sexe. Pourtant, les adolescentes et les adolescents ne semblent pas accorder la même importance à ces formes de soutien social, et sa place dans le risque de TCA pourrait ainsi différer entre eux.

Risque de TCA des ados en fonction du soutien social - évaluation

Soutien social & risque de TCA dans l’enquête HBSC 2022

Pour l’ensemble de ces raisons, nous avons exploré les différences de genre dans les disparités de risque de TCA selon la perception du soutien social, chez les élèves du secondaire scolarisés en 2022 à Bruxelles et en Wallonie [Méthodologie et résultats complets à retrouver ici].

Dans cette enquête, le risque de TCA a été mesuré par l’EAT dans sa version avec sept questions – seuls les élèves du secondaire y ont répondu (cf. résultats précédents). Quant à lui, le soutien social perçu des amis et de la famille a été mesuré par la Multidimensional Scale of Perceived Social Support (MSSP)12.

Notons que, dans l’enquête HBSC réalisée en 2022, la perception du soutien familial était plus défavorable chez les filles que chez les garçons : 21,3% d’entre elles le considéraient comme « faible » ce qui était le cas de 11,4% des garçons. Par ailleurs, 49,6% d’entre elles le percevaient comme élevé contre 59,9% des garçons.

La perception du soutien des amis variait également selon le sexe mais dans une moindre mesure. En effet, les proportions de soutien faible étaient similaires chez les filles (10,8%) et les garçons (9,7%). Les différences étaient observées pour le soutien modéré et élevé. Par exemple, 65,5% des filles déclaraient un soutien élevé de la part de leurs amis, tandis que c’était le cas de 60,2% des garçons.

D’autres variables ont été prises en compte dans l’analyse présentée ici, telles que :

  • l’âge en catégories : 12-14 ans, 15-17 ans et 18-20 ans ;
  • le score d’affluence familiale (faible, intermédiaire et élevé) qui décrit le niveau socioéconomique de la famille où vit l’élève13 ;
  • et la structure familiale : l’élève vivait avec ses deux parents ; avec un seul de ses parents ; ou en famille recomposée, les élèves dans des situations autres (en foyer, chez les grands-parents…) ayant été exclus des analyses.

Dans ces analyses, les observations de 3608 garçons et 4042 filles ont été prises en compte et pondérées pour fournir des estimations représentatives.

Soutien des amis dans le risque de TCA en fonctio,n du sexe - genre

Le risque de TCA varie selon la perception du soutien social de la part des amis

Chez les garçons, la proportion du risque de TCA passait de 6,2% chez les adolescents percevant un soutien élevé de la part de leurs amis à 10,6% de ceux percevant un tel soutien comme faible (Figure 2). Chez les filles, ces proportions étaient respectivement 18,0% et 24,8% (Figure 2). Ces variations étaient statistiquement significatives, même en tenant compte du niveau socioéconomique et de la structure familiale, ainsi que de l’âge des élèves.

Figure 2. Proportions de risque de TCA selon la perception du soutien de la part des amis chez les garçons et les filles. Elèves du secondaire, enquête HBSC 2022

Remarquons également que la proportion du risque de TCA chez les filles percevant un soutien modéré de la part de leurs amis (19,1%) était proche de celle observée chez les filles percevant un soutien élevé de leur part (18,0%). Chez les garçons, cette proportion était semblable à celle observée chez ceux percevant un soutien faible de la part de leurs amis (9,3% et 10,6%, respectivement) (Figure 2).

Soutien des amis dans le risque de TCA pour les ados filles

Le risque de TCA est nettement plus faible chez les adolescentes percevant un soutien familial élevé, et plus élevé chez les adolescents le percevant comme faible

La proportion du risque de TCA était de 6,2% chez les adolescents percevant un soutien élevé de la part de leur famille, comparable à celle observée chez les garçons percevant un soutien modéré (7,4%) (Figure 3). En revanche, le risque de TCA touchait plus d’un garçon sur sept chez les adolescents percevant un soutien familial comme faible.

Figure 3. Proportions de risque de TCA selon la perception du soutien de la part de la famille chez les garçons et les filles. Elèves du secondaire, enquête HBSC 2022

Comme pour le soutien des amis, ces variations étaient statistiquement significatives, y compris en tenant compte de l’âge des élèves, du niveau socioéconomique et de la structure familiale.

Une fille sur quatre était à risque de TCA quand elles percevaient un soutien faible de la part de leur famille (Figure 3). Lorsque ce soutien était perçu comme élevé, la proportion du risque de TCA diminuait à 15,0%.

Risque TCA filles ados en fonction du soutien familial ressenti

Un soutien élevé des amis pourrait-il « compenser » un soutien faible de la famille ?

Les mécanismes à l’œuvre dans les interrelations entre le soutien des amis et celui de la famille dans leurs associations avec le risque de TCA pourraient différer entre les adolescents et les adolescentes.

  • Chez les filles (Figure 4) : lorsque des sous-groupes de soutien perçu de la part de la famille étaient utilisés, les proportions de risque de TCA ne variaient pas ou peu selon le soutien qu’elles percevaient de la part de leurs amis. Le gradient dans le sens d’un moindre risque de TCA observé lorsque le soutien des amis augmentait n’était pas statistiquement significatif. En d’autres mots, un soutien de la famille perçu comme faible de la part des filles n’était pas « compensé » par le soutien des amis.
Figure 4. Proportions de risque de TCA selon la perception du soutien de la part des amis chez les filles : analyses dans les sous-groupes de perception du soutien de la famille. Elèves du secondaire, enquête HBSC 2022
  • Chez les garçons (Figure 5), la variation du risque de TCA selon le soutien des amis n’était marquée que dans le groupe de ceux déclarant un soutien élevé de la part de leur famille. Dans le sous-groupe de soutien faible de la famille, les proportions de risque de TCA les plus élevées étaient chez ceux percevant un soutien soit faible, soit élevé de la part de leurs amis. Dans celui de soutien modéré, aucune variation n’a été observée.
Figure 5. Proportions de risque de TCA selon la perception du soutien de la part des amis chez les garçons : analyses dans les sous-groupes de perception du soutien de la famille. Elèves du secondaire, enquête HBSC 2022

Que retenir de ces résultats ?

Ces résultats rappellent également l’intérêt de disposer d’informations régulières, grâce aux enquêtes en population comme les enquêtes HBSC, au sujet de telles problématiques, critiques au cours de l’adolescence. Au-delà de la connaissance de la part de la population adolescente à risque d’être affectée par les troubles du comportement alimentaire, ces informations permettent de proposer des pistes pour orienter les politiques publiques en matière de promotion de la santé, de prévention et de prise en charge de ces troubles. Le soutien social apporté par la famille, qui reste structurante à cette période de la vie, comme celui apporté par les amis, vers lesquels une partie des jeunes est plus encline à se tourner, devrait en effet faire partie intégrante de ces démarches.

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