L’activité physique pour prévenir et réguler les addictions et la souffrance psychique

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En partenariat avec Sciensano

Focus sur l’asbl La Trace à retrouver dans cet article.

Bouger régulièrement : des bénéfices pour toutes et tous !

Toute forme de mouvement corporel, qu’il soit lié aux déplacements, au travail, aux tâches domestiques ou aux loisirs, constitue une activité physique bénéfique pour la santé. En effet, l’activité physique régulière réduit les risques de développer des maladies chroniques comme celles du cœur, le diabète de type 2 ou certains cancers1.

De plus, l’activité physique peut participer à la prise en charge de ces mêmes maladies chroniques en complément des traitements. Rester actif permet aussi de lutter contre les infections en activant les défenses immunitaires2 et aide l’organisme à mieux fonctionner au quotidien.

Les mouvements réguliers assimilés à l’activité physique, contribuent également à notre santé mentale. Ils réduisent les symptômes de dépression et d’anxiété3, 4, favorisent le bon développement et l’activité de notre cerveau, nous procurent des sensations de mieux-être.

Pourtant il est à noter que des disparités existent au sein de la population belge. L’atteinte des recommandations de l’OMS sur l’activité physique régulière, varie en fonction du niveau d’instruction, du sexe et du territoire de vie notamment. Ces données sont présentées dans l’enquête de consommation alimentaire 2022-2023 de Sciensano – activité physique et sédentarité de la population belge.

Être en mouvement devrait pourtant être envisageable pour toutes et tous, l’activité physique contribuant à une forme de santé globale et de bien-être général.

Bouger s’inscrit aussi sur les ordonnances

Au fil des découvertes portant sur les bénéfices apportés par l’activité physique, le concept d’activité physique sur prescription a émergé dans les années 1990. La mise en œuvre concrète en Belgique ne date que de 2013 et reste encore aujourd’hui parcellaire. Il s’agit de dispositifs, permettant aux professionnels du monde médical d’intégrer dans leur pratique, la prescription d’activité physique comme prise en charge non médicamenteuse5 pour des publics souvent sédentaires ou atteints de maladies chroniques.

Néanmoins, la prescription d’activité physique, en l’absence de dispositif fédéral, a connu un développement régionalisé avec des disparités territoriales. La Flandre constitue la région où la prescription d’activité physique est la plus structurée, notamment avec le programme Bewegen op Verwijzing6 . Un développement plus localisé et expérimental existe en Wallonie et à Bruxelles. En l’absence de cadre national, la prescription d’activité physique s’est développée en Belgique selon une logique progressive, pragmatique, territorialisée, menant à des inégalités d’accès et une difficulté d’intégration dans le système de soins.

Un grand nombre d’asbl, de maisons médicales et de centres hospitaliers ont toutefois inséré l’activité physique au cœur de leurs dispositifs.

Bouger dans le champ des addictions et de la santé mentale

Au-delà des avantages de l’activité physique énoncés juste avant, la recherche met en lumière son rôle positif dans la prévention et la régulation de comportements addictifs7 liés à la prise de substances. En effet, l’activité physique contribue à réduire les envies de consommer, favorise l’abstinence et participe également à une amélioration de l’image de soi.

De nombreuses années auparavant et alors même que les données probantes de l’impact de l’activité physique sur les addictions, étaient encore éparses, une association, avait déjà développé, à titre expérimental, des interventions visant à promouvoir l’activité physique – en particulier les activités de plein air et les sports de nature et d’aventure — dans l’accompagnement de personnes confrontées à des problématiques d’addictions et de santé mentale.

Des études plus nombreuses ont été conduites depuis la naissance de cette structure et de la mise en place de son dispositif, démontrant la pertinence de la pratique de l’activité physique dans l’accompagnement des comportements addictifs et problèmes de santé mentale.

Comment la structure La Trace a mis en place son accompagnement et quel dispositif propose-t-elle exactement ?

Focus sur La Trace asbl : activité physique de plein air et aventures montagne, pour un accompagnement psychosocial

Rencontre avec Florence Cordi, Coordinatrice, Psychologue et Accompagnatrice en moyenne montagne – ainsi que – Sandrine Jaumotte, Educatrice – spécialisation en psychopathologie, Animatrice randonnée. Toutes deux nous ont présenté la structure et le travail continu de soutien mis en place.

Depuis près de 40 ans, La Trace asbl développe un accompagnement psychosocial original, fondé sur l’activité physique, principalement orientée vers l’aventure en pleine nature. Les activités de randonnées ou d’escalade deviennent un « outil de rencontre et de suivi » avec les participants·es.

Dès le début de l’association, l’équipe avait observé combien « se mettre en mouvement » pouvait transformer les trajectoires de vie en offrant comme cadre de soutien des expériences avec le monde de la montagne.

 » Toutes ces mains qui se sont agrippées aux rochers,
Aux prises, ici et ailleurs.
Belle métaphore de la vie, hein ! ” (extrait de l’ouvrage « La Trace – récit d’une aventure » 2018)

Qu’est-ce que La Trace et comment les accompagnements ont démarré ?

Au départ 2 travailleurs passionnés de montagne ont créé le projet « Objectif 4000 » ils ont emmené leurs patients, des usagers de drogue dans des expéditions en montagne.

Aujourd’hui La Trace c’est un service actif en matière d’assuétudes subsidié par la COCOF, reconnu pour les missions d’accueil, d’accompagnement, de prévention et de réinsertion.

La Trace accueille des personnes confrontées à des problématiques d’addictions, de consommation ou de santé mentale et souffrances psychiques. L’activité physique y est un prétexte à la rencontre, à l’engagement commun dans des activités, à la création de liens dans l’aventure. L’asbl soutient plus de 300 personnes environ chaque année.

Si les locaux de l’association se situent à Bruxelles – Saint Gilles, les activités de randonnées et d’escalade ont lieu partout en Belgique. Les séjours de sport nature, aventure et montagne, se déroulent souvent à l’étranger.

Présentation de la prise en charge : La notion de « liberté cadrée » pour avancer

La particularité de La Trace réside dans un équilibre subtil entre liberté et cadre. Les participants·es sont libres d’être là, sans obligation d’expliciter leur histoire. « L’absence de contraintes – en dehors des règles qui s’imposent à tous de respect, de non-violence, et d’abstinence pendant les activités– fait partie intégrante du dispositif de La Trace. » « L’accueil se veut large et ouvert à toute personne en difficulté ». Il faut cependant que les participants·es, soient déjà un peu autonome et en capacité physique de participer aux activités, afin de bénéficier au mieux du soutien de La Trace.

Les personnes qui viennent ne sont jamais interrogées sur la raison pour laquelle elles sont présentes et les encadrants·es ne savent pas forcément pourquoi elles sont arrivées à La Trace. L’accompagnement se fait au rythme de chacun·e.

Cette liberté s’inscrit aussi dans un cadre sécurisant : horaires, activités organisées, règles de respect mutuel. Ce cadre permet de recréer une forme de stabilité, souvent fragilisée par les conduites addictives ou les problèmes de santé mentale. Il offre un espace d’expérimentation sécurisé où chacun peut tester ses capacités, ses limites, ses ressources.

Autre particularité, il n’y a pas d’objectifs à atteindre pour les participants·es : certains s’en fixent, mais La Trace non. Il n’y a pas de recherche de performance ou d’exploit sportif à réaliser, La Trace aide les participants·es dans ce qu’ils ou elles souhaitent faire, c’est un espace avec la possibilité de respirer de leur quotidien.

Cette approche centrée sur le bien‑être plutôt que sur la performance est essentielle. Il y a donc un énorme enjeu quant à la prise en compte de ce choix d’action lors de l’évaluation de telles initiatives, ainsi que lors de la définition des indicateurs de réussite pour qu’ils soient adaptés aux objectifs.

Une relation soigné – soignant autre que dans une structure médicale

La Trace est un service d’accompagnement démédicalisé de 9 personnes dont 6 travailleurs de terrain qui encadrent les activités. Leurs actions s’inscrivent dans une logique d’accompagnement et non de soin prescrit. Il faut noter que l’accompagnement est vaste et peut aller au-delà de l’organisation d’activités.

Par exemple : aider dans les démarches, être présent pour soutenir les droits des personnes accompagnées qui en ont besoin. Il y a une grande disponibilité des travailleurs·es qui est nécessaire pour construire la relation de confiance. Il est fréquent que certaines personnes viennent juste dire bonjour, boire un café et ne participent pas aux activités cette fois-ci. Ces interactions et cette relation de confiance, permet alors de sortir de l’isolement.

Il y a aussi une grande proximité entre les participants·es et l’équipe de l’asbl, car le lien se construit dans l’action, dans l’effort partagé, dans la marche côte à côte.

Cette horizontalité favorise la confiance et la responsabilisation, deux dimensions essentielles dans les processus de régulation des comportements face à des difficultés de consommation.

« À la Trace je me soigne de la façon dont dans les autres endroits on m’a regardé, ici je me sens moi, c’est incroyable » témoigne un participant. D’ailleurs dans les termes utilisés, la différence avec le monde médical est présente « Les personnes ne sont pas des patients⸱es » à La Trace, ce sont des participants⸱es.

La relation se crée également dans l’accueil qui est donné avant chaque activité : « on demande aux personnes de ne pas avoir consommé en arrivant, de ne pas sentir l’alcool, de ne pas être sous influence de produits et donc ça nous arrive de dire : tu ne pourras pas faire l’activité aujourd’hui mais, comment pourrait-on te soutenir dans ce qui t’arrive ? »

Le Lien qui se crée est fort

La relation de proximité et la qualité des liens, sont donc centrales. Le lien se crée dans le plaisir des activités ensemble, le partage de moments, de repas, d’espaces communs pour dormir, de lieux de vie, de sanitaires, lors des séjours. Tout cela concourt à ce sentiment d’appartenance et fortifie ce lien spécial que réussit à développer La Trace. Cet esprit de groupe bâtit des souvenirs et facilite le contact, les échanges, grâce à des moments qui peuvent être le banal du quotidien lors des séjours : le matin pendant le brossage des dents, ou pendant la journée lors de la préparation des repas.

Et puis il y a aussi ce qui reste après le stage, il y a le lien qui s’est créé mais il y a aussi la séparation après les activités, à gérer. Le lien existe toujours ensuite de façon différente et reste bien présent.

Un rapport au temps différent

Dans les parcours marqués par l’addiction, le rapport au temps est souvent altéré : urgence, répétition, instantanéité. À La Trace, le temps est modulable. Il s’étire lors d’une randonnée, se rythme dans l’effort, s’apaise autour d’un moment partagé.

Cette manière d’appréhender le temps différemment, permet de réapprendre la patience, la progression, la temporalité longue qui peut faciliter des changements plus durables.

Pour certains participants·es qui témoignent dans l’ouvrage « récit d’une aventure » réalisé il y a quelques années, pour les 30 ans de l’association : “ C’est une école de savoir prendre le temps ” La Trace peut permettre de se « poser dans l’activité et dans l’instant présent ». Le temps de l’activité offre une parenthèse dans le quotidien.

L’accompagnement se fait dans cet espace temps qui n’est pas vraiment délimité. La Trace peut être « un passage bref entre deux moments de vie, une possibilité d’être soutenu dans le temps de la reprise, qui suit celui de la rupture » ou bien « une alternative à long terme ». Les participants·es arrivent à la structure à un moment précis, dans leur parcours, après certaines étapes. Pourtant cet accompagnement qu’offre La Trace, a un début mais pas nécessairement une fin, à la différence de lieux de soin classiques.

Car les addictions, même lorsqu’il y a abstinence de consommation, restent présentes dans le vécu des personnes. Le fait d’avoir cette possibilité d’inscrire le suivi et la participation aux activités dans un temps long, un temps adapté à chaque histoire, à chaque besoin, c’est une approche défendue par l’asbl qui donne du sens et qui sécurise les personnes dans leur suivi.

L’accompagnement se fait également en dehors des activités et peut être une simple écoute, ou un soutien plus large dans le parcours de soin. Cela peut aussi être tout autre chose : comme une aide ponctuelle pour une réparation à l’endroit où la personne vit, s’il y a ce besoin. L’équipe de l’asbl est présente dans le quotidien et fait du temps une force de leur action. Pour les travailleurs·ses cela s’apparente à une relation familiale : « Tu laisses grandir mais tu es toujours présent si les personnes en ont besoin. »

La notion de risque et d’aventure, en équilibre

Le risque, qui existait dans les premières expéditions en montagne de l’asbl, fait partie de l’origine de la structure. Ce n’est plus le même aujourd’hui. Cette notion est souvent interrogée au sein de La Trace, que ce soit pour la sécurité des pratiquants·es ou à l’inverse pour faire renaître les fondements des expériences du début. L’acceptation du risque a changé dans nos sociétés, c’est le cas aussi pour cette structure. À La Trace, régulièrement il est question de voir jusqu’où il est possible d’aller pour conserver cet esprit des débuts, sans le trahir, tout en assurant la sécurité du groupe.

Lors de la création de l’asbl, certaines situations ont pu être dangereuses ou risquées, les encadrants·es ont pris conscience des risques et ont suivi des formations professionnalisantes pour la sécurité des pratiquants·es. Le personnel de La Trace a des diplômes en escalade ou en randonnée, en plus de leurs compétences en accompagnement psychosocial et de l’expérience professionnelle du sport-aventure. Dans le même temps, l’équipe sait que parfois les risques peuvent aussi forger l’expérience des participants·es et permettre de voir les choses différemment.

Comment alors aider et accompagner, en orientant les activités vers le confort, le bien-être, en protégeant des difficultés, tout en essayant d’aller chercher les ressources des pratiquants·es ?

Ces mêmes ressources qui sont justement celles que peuvent trouver les personnes accompagnées, à l’occasion des activités organisées par la structure par exemple. Ce sont autant de possibilités d’apprendre, d’anticiper, de s’adapter.

Les sports de nature et d’aventure ont aussi une vraie dimension de risque. La montagne peut être un milieu hostile et imprévisible.

Ce risque peut-être une alternative aux recherches de sensations, d’expériences plus extrêmes, parfois associées aux consommations. Expérimenter le dépassement de soi, dans un cadre sécurisé, peut permettre de retrouver des sensations fortes, proches de ce qui est vécu avec la consommation de produits.

L’équilibre sécurité-risque-aventure est donc sans cesse à trouver et à interroger.

Un moment vivant : nature, sensations, émotions

La nature occupe une place centrale dans ce que propose l’asbl.

Être dehors, ressentir le vent, la pluie, le relief, mobilisent les sens et reconnectent au vivant. Ces expériences sensorielles participent à la régulation émotionnelle et au sentiment d’ancrage, du temps présent, du moment de l’activité.

Il peut y avoir une redécouverte de sensations « la bonne douleur », « la bonne peur » et des émotions « la fierté d’avoir réussi, d’y être arrivé », « ça valait le coup de vivre. ça réveille » ou encore plus simplement ressentir le froid, la soif, la faim, la fatigue, les encadrants·es peuvent guider les participants·es dans cette redécouverte.

Une participante évoque ses sensations quand « on a bu beaucoup d’eau, le vent quand on mange dehors… une relation à l’eau, à l’air c’est très important ». Un autre témoignage le décrit aussi : « c’est le seul moment où je respire, c’est le seul moment où je sais que je vais peut-être dormir deux ou trois heures sans somnifères. ».

Les souvenirs qui restent pour les participants·es au-delà des sensations et de l’esprit du groupe, c’est aussi parfois l’image des paysages. Pour une participante, la nature peut offrir « du calme qui invite au retour à soi, au partage et à la contemplation », ou à l’inverse pour d’autres « la nature ne me touche pas vraiment » et pour certains « quand on se retrouve à La Trace, on se sent de nouveau pris dans la nature ».

La notion du mouvement physique est importante également, il y a souvent l’idée pour les participants⸱es, qu’ils vont pouvoir tirer les bienfaits d’une pratique sportive et du challenge : vont-ils pouvoir le faire ? L’expérience du bien-être physique et psychique fait partie de l’accompagnement.

Rando, sport de montagne pour accompagner addiction, dépendances, santé mentale - personne en difficulté psychique

Il y a aussi certaines personnes pour qui les codes du sport aventure, ou du sport nature vont être importants dans leur perception personnelle : se réclamer d’un certain « art de vivre », vouloir camper par exemple. Pouvoir s’identifier à ces aspects, peut être valorisant et leur permettre une image d’eux même positive.

Ainsi La Trace est une structure singulière, qui agit à la fois individuellement mais aussi collectivement et offrant à chacun la possibilité de se reconstruire tout en partageant et construisant avec les autres.

Une structure qui porte bien son nom : qui marque et entraîne les travailleurs·ses comme les participants·es, pour entrevoir l’horizon.

Ainsi après avoir considéré ce que l’activité physique en extérieur pouvait apporter à des personnes traversant des difficultés psychosociales et de dépendances de produits, via l’exemple de l’asbl La Trace, il est intéressant de présenter ce que les études scientifiques décrivent.

Impact de l’activité physique sur les comportements addictifs et la santé mentale : Ce qu’en disent les études

Les stratégies de prévention et de prise en charge du secteur médical, semblent doucement évoluer vers des approches plus globales, intégrant les dimensions physiologiques, psychologiques et sociales de l’individu.

Du fait des connaissances maintenant établies de l’impact sur la santé, l’activité physique intègre progressivement les parcours de soins et la promotion de santé, comme un soutien à la fois accessible, à fort rapport coût‑bénéfice et produisant des effets multiples.

Si l’activité physique ne constitue pas une solution unique, les données scientifiques convergent pour en faire un outil complémentaire précieux, tant pour soutenir des habitudes de vie saine, qu’en prévention ou qu’en accompagnement thérapeutique complémentaire.

Des études récentes montrent notamment sont impact dans la prévention des conduites addictives et sa complémentarité aux traitements classiques dans les solutions curatives des dépendances, tout en ayant des bienfaits sur le plan psychologique.

L’activité physique comme facteur de prévention des conduites addictives

Les quelques recherches menées chez les adolescents, montrent un lien entre niveau d’activité physique et comportements de consommation8. Le tabac étant aussi étudié dans ces études-ci. Les jeunes physiquement actifs présentent une probabilité plus faible de consommer du tabac ou des substances illicites. Certaines études9,10 indiquent même qu’une pratique régulière — par exemple au moins une heure d’activité modérée plusieurs fois par semaine — est associée à une augmentation significative des comportements d’abstinence, en particulier chez les garçons.11
Plus largement, l’activité physique semble s’inscrire dans un mode de vie protecteur, en favorisant, une meilleure régulation émotionnelle, en réduisant le stress et renforçant l’estime de soi.12 Ce sont ainsi des facteurs connus pour limiter l’entrée dans les conduites addictives. Toutefois, il est important de souligner que les programmes spécifiquement conçus pour prévenir les addictions par l’activité physique restent encore peu nombreux et nécessitent davantage de validation scientifique.

Une modalité thérapeutique complémentaire dans le traitement des dépendances

Dans le champ du soin lié aux assuétudes, l’activité physique apparaît comme une solution pertinente13. Les traitements classiques des addictions présentent des taux de rechute importants — entre 40 et 60 %14 — et des taux de rémission variables selon les approches. Dans ce contexte, intégrer l’activité physique dans les dispositifs de prise en charge peut ouvrir des perspectives intéressantes.

Les données issues d’études montrent que les personnes pratiquant une activité physique pendant leur traitement15 présentent, dans environ 75 % des cas16, une diminution plus importante de leur consommation de substances que celles qui n’en pratiquent pas. Un effet notable est également observé sur le craving17, ce besoin intense de consommer, fortement impliqué dans les rechutes. L’activité physique contribue à en réduire l’intensité, facilitant ainsi le maintien dans le processus de sevrage18.

Ces effets s’expliquent en partie par les mécanismes neurobiologiques activés par l’exercice : libération d’endorphines, régulation des circuits de récompense, mais aussi par ses impacts psychologiques et sociaux.

En effet, l’activité physique améliore significativement les symptômes de dépression et d’anxiété, comme nous l’avons vu en préambule de cet article. Elle augmente aussi l’estime de soi et aide donc à limiter les troubles fréquemment associés aux addictions. Bouger favorise une meilleure qualité de vie globale.

Certaines méta-analyses indiquent que ces effets sont observés quel que soit le type d’activité pratiquée : endurance, renforcement musculaire ou même activités de relaxation19.
Cependant, un point important mérite d’être souligné : les effets positifs de l’activité physique sur les consommations ne semblent pas toujours se maintenir sur le long terme. Cela met en évidence la nécessité d’inscrire ces pratiques dans une démarche durable et accompagnée.

Des bénéfices multiples : physiologiques, psychologiques et sociaux

Les bienfaits de l’activité physique dépassent largement la seule question des addictions. Sur le plan physiologique, elle améliore la condition physique générale, sur le plan psychologique, elle agit comme un régulateur émotionnel puissant, comme nous l’avons déjà évoqué.
Enfin, sur le plan social, dans certains programmes, notamment collectifs, l’activité physique permet également de recréer des liens interpersonnels, souvent fragilisés chez les personnes dépendantes.
L’activité physique favorise l’inclusion, les interactions et le développement de compétences transversales telles que la communication, la gestion des émotions ou la prise de décision20.

Vers des approches globales : activité physique, groupe et expérience

Les approches les plus prometteuses sont celles qui peuvent intégrer l’activité physique dans des programmes plus larges, centrés sur le développement global de la personne. Ces interventions combinant activité physique, accompagnement psychosocial et apprentissage de compétences de vie, comme la gestion du temps, la résolution de problèmes, le leadership, sont à explorer21. Les activités de groupe, en particulier, peuvent jouer un rôle clé en apportant soutien, motivation et sentiment d’appartenance. Certaines initiatives qui intégreraient des expériences dites « d’aventure » : sports de plein air, défis, permettraient aux participants·es de se confronter à eux-mêmes dans un cadre sécurisé et valorisant.22

Dans des programmes structurés, notamment ceux intégrant des activités de groupe ou d’aventure, l’activité physique peut devenir un véritable outil de réhabilitation psychosociale.

L’apport spécifique de la nature : un cadre thérapeutique à part entière

Un champ de recherche en plein essor s’intéresse à l’activité physique en milieu naturel. Les résultats suggèrent que les bénéfices ne se limitent pas à ceux de l’exercice seul, mais sont amplifiés par l’environnement.
Les activités de plein air23 et le contact avec la nature24 sont associées à une amélioration de la santé physique et mentale25, mais aussi à des effets plus larges : développement personnel, apprentissage, engagement citoyen ou encore réduction de certains comportements antisociaux.

Elles offrent également une accessibilité importante, favorisant l’adhésion à long terme.
Par ailleurs, le contact avec la nature agit directement sur le bien-être psychologique. Il est associé à une réduction du stress et de la dépression, une amélioration de l’attention et des capacités cognitives, ainsi qu’un renforcement du sentiment de bien-être. Les approches immersives, comme les « bains de forêt », montrent des effets prometteurs sur la gestion des émotions et la régulation du stress.


La nature constitue alors un environnement particulièrement favorable à la régulation psychique.26

Comme le souligne Damien Brevers, professeur à la Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation de l’UCLouvain, spécialiste en psychologie du sport, l’activité physique en milieu naturel repose sur un paradoxe fécond27 28: « on stresse le corps, mais dans un environnement naturel, en phase avec notre fonctionnement d’être humain qui est fortement lié au fait d’être en mouvement dans un milieu naturel ». Cette combinaison semble particulièrement pertinente pour accompagner les personnes en souffrance.

Pour conclure : vers une alliance entre mouvement, nature et sens pour lutter contre les comportements addictifs et les souffrances psychiques

L’ensemble des données disponibles converge vers une idée forte : l’activité physique constitue un outil pertinent pour prévenir et accompagner les conduites addictives et les souffrances psychiques. Ses effets, à la fois biologiques, psychologiques et sociaux, en font une approche complémentaire crédible aux traitements traditionnels.

Toutefois, pour maximiser son efficacité, elle semble gagner à être intégrée dans des dispositifs plus larges, incluant un accompagnement personnalisé, une dimension collective et, idéalement, un ancrage dans des environnements naturels.
À ce titre, l’ouverture vers des pratiques en pleine nature et des expériences d’aventure, comme celles proposées par l’asbl La Trace, représente une perspective particulièrement intéressante.

En mobilisant le corps, les émotions et le rapport au monde, ces dispositifs offrent un cadre propice à la reconstruction, à l’engagement et à la redécouverte de soi.

L’approche « One Health », « une seule santé » promue par l’OMS, où la santé humaine, la santé animale et la santé environnementale sont par essence liées, rejoint ces constats. Ainsi favoriser mouvements et « vivant » s’inscrit dans une même ligne, une même « trace » !

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